Expositions temporaires

Photographies du Front d'Orient, 1914-1918

Du 9 mars au 18 septembre 2016.

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Découvrez au Mémorial une centaine de photographies d'une qualité exceptionnelle prises avant, pendant et après la Première Guerre mondiale sur le front d'Orient, par les frères Janaki et Milton Manaki.

 

Les frères Manaki

Janaki et Milton Manaki naquirent en 1878 et 1882 à Avdella, un village d’Epire, aujourd’hui en Grèce.

Originaires d’une famille aisée de la minorité aroumaine (Valaque, roumanophone) de l’empire ottoman, ils s’initient à la photo dès 1898, à Ioannina, où Janaki développe un studio parallèlement à son activité de professeur d’art dans une école roumaine. Un travail qu’il exercera tout au long de sa carrière.

En 1905 les deux frères partent à Bitola (alors Monastir) où ils y ouvrent un « studio d’art photographique » dans la rue Shirok Sokak.

Un an après, Janaki reçoit une bourse du roi Charles Ier, avec laquelle il voyagera dans toute l’Europe, et achètera leur première caméra Bioscope 300 chez Charles Urban&Co, à Londres. Ils commenceront à enregistrer des scènes de vie locale dont celle de leur grand-mère filant la laine, connue comme le premier film jamais tourné dans les Balkans, ce qui leur doit leur surnom de « frères Lumière des Balkans ». Ces pionniers ont aujourd’hui donné leur nom à de nombreux cinémas et un festival international leur rendant hommage se tient tous les ans à Bitola.

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Leur travail photographique

C’est Janaki qui s’initie à la photo le premier quand il était élève à Bitola. Et malgré leur renommée internationale pour leurs films, la photographie a été l'activité principale des deux frères.

C’est avec une caméra Kodak de gros format (18 X 24), achetée à Paris, qu’ils commencent la photo. Au gré de leur carrière ils seront les photographes officiels des souverains de Roumanie, de l’empire Ottoman et de Serbie.

Leur œuvre revêt une valeur de témoignage historique exceptionnelle, car les Manaki saisiront tant des évènements politiques et institutionnels, comme la visite du sultan Mohamed V Reshad à Bitola ou les funérailles du métropolite Emilianos, que des scènes de la vie courante.

Car même si les frères Manaki ont qualifié leur travail de « photographie artistique », l’aspect ethnographique de leur œuvre est également fondamental. Et c’est un travail mu par une extrême intuition des enjeux politiques et historiques des Balkans. Tous deux polyglottes, et connaissant les langues de Balkans, entre 1898 et 1912 ils font beaucoup de photographies dans 78 lieux de la péninsule dont un ensemble de 1839 photographies a seulement été sauvegardé. Une vraie performance, quand on connait l’état des moyens de transports ou d’insécurité à l’époque, qui forçait les photographes à travailler généralement en studio. Issus d’une minorité, ils vont commencer par explorer leur propre communauté. En 1907, Janaki imprime à Paris « L’album ethnographique des Macédono-Roumains ». En revanche, même si les deux frères se sont toujours considérés comme Aroumains, leur identité n’a jamais été un cheval de bataille. Ce sont plutôt les tumultes des Balkans qui ont déterminé leur carrière professionnelle tout autant que leur vie. Ils seront les témoins des soubresauts des Balkans du début du 20ème siècle : les révoltes autonomistes de Macédoine, comme le soulèvement d’Illinden en 1903 et les représailles ottomanes, les guerres Balkaniques contre l’Empire ottoman, puis entre Bulgares et Serbes, et le front d’Orient de la Première Guerre.

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Bitola et la guerre

Les Manakis arrivent à Bitola (alors Monastir) en 1905, qui est alors un centre économique et culturel de l’empire Ottoman...

On y trouve beaucoup de consulats. Par ailleurs, Bitola était une véritable mosaïque de populations : en 1916, parmi 35 000 âmes, 7 000 étaient valaques, 10 000 macédoniens slaves, 1 300 albanais, 12 000 turcs, 5 000 juifs et 500 roms.

Au début de la Grande Guerre, Monastir (alors serbe), est prise par les Bulgares avec l’aide de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de l’empire ottoman. Puis en 1916, les Alliés (serbes, français, anglais) la reprennent grâce à des victoires autour de la ville et sur les pentes du Kajmakčalan. Le front restera stable, passant à quelques kilomètres de là, jusqu’à l’ultime percée vers le Nord des Alliés, le 18 septembre 1918 à partir de la Bataille de Dobro Polije.

La Première Guerre est un aspect de l’œuvre des Manaki qui était négligé. En effet, ce n’était, pour les habitants de Bitola, qu’un conflit parmi d’autres, qu’une souffrance parmi d’autres dans des temps qui en recelaient tant. Mais après un siècle d’oubli, enfouies dans un fonds d’archives à Bitola pendant des décennies, des photographies exceptionnelles de cette période ressurgissent. C’est Robert Jankuloski, directeur du Centre macédonien de la photographie, au début des années 2000, qui commence à explorer le fonds Manaki.

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« Se faire tirer le portrait »

Les frères Manaki ont continué à travailler malgré les combats, et la destruction de leur studio. Ils ont immortalisé des batailles, des moments de vie quotidienne (mariages, cérémonies religieuses, marchés et foires)...

Neutres, ils accueillaient les différents belligérants à se faire tirer le portrait. Au gré de la ligne de front, des soldats de deux camps passeront chez eux. Grâce à cette diversité de prises, l’œuvre des Manaki raconte la vie des hommes partis là-bas. Et ces raretés que l’on pourra admirer au Mémorial de Caen début 2016 orneront aussi l’espace muséal du cimetière français de Bitola.

Une large part du fonds Manaki est encore inexplorée. Gageons qu’il participera en tous cas à réhabiliter la mémoire des Poilus d’Orients, et redonner un visage à ces soldats, à propos desquels Albert Londres disait : « soyez tendres pour l’armée d’Orient, qui, dévorée par les moustiques, lutte dans un pays où les passants ne déchiffreront pas les lettres de ses épitaphes ».

Après la guerre, les Manaki voyagent dans les Balkans avec leur caméra. Ils ouvrent un cinéma en 1923 à Bitola, (573 sièges !) et diffusent les plus grands films de l’époque. Il sera détruit par un incendie en 1939. La seconde guerre mondiale les sépare, Janaki partant vivre à Thessalonique, comme citoyen grec, alors que Milton reste à Bitola et devient citoyen yougoslave. Janaki mourra dans la misère et l’oubli en 1954 alors que Milton sera couvert d’honneurs par le régime yougoslave de la jeune République fédérée, jusqu’à sa mort en 1964.

Avant de disparaître, Milton a confié les photographies des frères aux archives de Macédoine : presque 10 000 plaques de verre et 8 000 négatifs. Ce trésor a végété durant des décennies. C’est après l’éclatement de la Yougoslavie, que leur travail, emblématique, intéresse à nouveau. Dans des Balkans à nouveau secoués par les nationalismes et les conflits, l’héritage des frères ne tarde pas à être revendiqué par tous les pays de la région de la Grèce à la Roumanie. Et encore aujourd’hui, la Grèce, la Macédoine, l’Albanie et la Turquie les revendiquent en même temps, amenant parfois à de dures querelles. En tous cas les Manaki peuvent être considérés comme des européens avant la lettre, ou du moins des personnalités de la culture Balkanique. Car ils ont été les témoins de l’histoire et de la culture de la Turquie, de la Macédoine, de la Bulgarie, de la Serbie, de la Roumanie ainsi que des Juifs et des Roms des Balkans. Leur reconnaissance eut été encore plus grande si la contribution à la culture balkanique, en général, avait fait consensus… 

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