Retour
La faillite de la paix

Hitler prépare l'Allemagne nazie à la guerre

Dès 1933, Hitler réarme l'Allemagne nazie à la prépare une nouvelle guerre.

Hitler réarme l'Allemagne nazie, en violation du Traité de Versailles

Le réarmement de l'Allemagne nazie, pourtant interdit par le traité de Versailles, s'accélère et s'officialise peu à peu à partir de 1933.

Du réarmement clandestin au réarmement officiel

La mise hors d’état de nuire des forces militaires allemandes est l’une des principales préoccupations des rédacteurs du traité de Versailles. S’ils autorisent les Allemands à entretenir une armée de terre, celle-ci est réduite à 100 000 hommes, tous volontaires (le service militaire est aboli), elle est dépourvue de chars et d’artillerie lourde.Les Allemands ne peuvent posséder d’aviation de combat et leur marine de guerre est réduite à 100 000 tonnes, privée de sous-marins et de moyens aéronavals.Pourtant dès 1919, peu après la signature du traité de Versailles, l’Allemagne s'engage secrètement dans la voie du réarmement.

Hitler n’a jamais caché son intention de remilitariser l’Allemagne pour partir à la conquête de l’espace vital : « Nous exigeons [...] la création d'une armée nationale » stipule l’article 22 du programme du parti national-socialiste. Hitler réaffirme son dessein dans Mein Kampf : « Nous devons […] tourner notre regard vers les terres de l’Est. […] C’est l’épée qui donnera le sol à la charrue allemande » écrit-il.

Toutefois, à son arrivée au pouvoir en 1933, il reste prudent. Il a besoin de temps pour reconstruire une armée puissante et ignore la réaction de la France et de l’Angleterre face à cette violation manifeste du traité de Versailles. Petit à petit, sans cesser de proclamer que ses intentions sont pacifiques, il gagne du terrain. En octobre 1933, l’Allemagne quitte avec fracas la Société des Nations, en pleine conférence sur le désarmement. Le 13 janvier 1935, la Sarre, dont les ressources sont gérées par et pour la France, vote à 91% pour le retour au Reich.

Fort de cette reconquête, Hitler dénonce publiquement le traité de Versailles à la radio deux mois plus tard et annonce la restauration du service militaire obligatoire à partir du 1er octobre. Le réarmement est désormais officiel.

Le réarmement de l'Allemagne en chiffres

En septembre 1935, Hitler divulgue le Plan de quatre ans conçu par Hermann Göring. Son but est de préparer l’économie allemande à vivre en autarcie et à mener une guerre dans les quatre ans à venir. Le réarmement s’accélère de plus belle après la remilitarisation de la Rhénanie en 1936. Le service militaire est porté à 2 ans. L’investissement dans l’économie de guerre explose : de 730 millions de marks en 1933, il passe à 5 150 millions en 1935 puis à 15 500 millions en 1938.

Le 16 mars 1936, Hitler crée la Wehrmacht, l'armée allemande. L’armée de terre, qui regroupe 21 divisions dont 3 blindées en 1936, compte 109 divisions en 1939 dont 10 blindées. La Luftwaffe, l’armée de l’air pourtant interdite par le traité de Versailles, comprend 1800 appareils en 1936 contre 3750 en 1939. Quant à la flotte de la Kriegsmarine, la marine de guerre allemande, elle est autorisée suite à un accord signé avec l’Angleterre en 1935 à égaler 35% de la marine britannique et 45% pour les sous-marins. De 64 navires en 1936 (dont 28 sous-marins), elle passe à 108 en 1938 (dont 59 sous-marins). Et lorsque la guerre civile espagnole éclate en juillet 1936, Hitler saisit l’occasion de tester son matériel et d’entraîner son armée en apportant son soutien au dictateur Franco.

La remilitarisation de la Rhénanie

Au printemps 1936, la pénurie alimentaire et le mécontentement généralisé des Allemands motivent Hitler à fomenter un coup d’éclat pour remonter le moral de la population. Avec l’appui de ses généraux, qui souhaitent comme lui sécuriser la frontière ouest, il décide de remilitariser la Rhénanie.

Cette entreprise n’est pas sans risque : si l'armée française réplique, les troupes allemandes ne seront pas de taille à l'affronter. Hitler en est parfaitement conscient. Mais après la victoire électorale du Front populaire, les Français sont focalisés sur les questions de politique intérieure. De plus, ni les démocraties, ni la Société des Nations n’ont été capables, jusqu’alors, de freiner le réarmement de l’Allemagne ou les visées expansionnistes des dictateurs européens, comme celles de Mussolini en Ethiopie. Hitler s’est rapproché du dictateur italien pendant la guerre civile espagnole. Soutenu par Ribbentrop, son ministre des Affaires Etrangères, le Führer décide de passer à l’action dans le plus grand secret.

Le 7 mars 1936, il place le Reichstag devant le fait accompli. Sous prétexte de la signature d’un pacte de non-agression franco-soviétique le 2 mai 1935, le dictateur affirme ne plus se sentir lié par le pacte de Locarno prévoyant la démilitarisation de la Rhénanie. Au petit matin, 30 000 soldats font mouvement vers la frontière franco-allemande. La remilitarisation de la Rhénanie est en marche. S’ils approuvent tacitement leur chef, les Allemands craignent malgré tout une riposte française… qui n’arrivera pas. Certes, Albert Sarraut, président du conseil français, s’insurge contre la remilitarisation de la Rhénanie : « Nous ne somme pas disposés à laisser placer Strasbourg sous le feu des canons allemands » clame-t-il à la radio dès le lendemain. Mais ces propos vont rester lettre morte.

La réaction des démocraties face aux violations du traité de Versailles

Une question se pose alors. Pourquoi la France et le Royaume-Uni ne se sont-ils pas soulevés contre Hitler, qui pourtant viole impunément le traité de Versailles et se prépare ouvertement à la guerre ? Traumatisés par la Première Guerre mondiale, les deux pays se réfugient dans un pacifisme aveugle, espérant éviter - ou du moins repousser - un nouveau conflit armé. Ensuite, ils n’imaginent pas les forces allemandes de taille à inquiéter les leurs, et ce malgré le réarmement. Une réflexion en partie vraie, puisque la fin du programme de réarmement allemand est prévu pour 1942. D’autres explications peuvent également être avancées. Peut-être la France considère-t-elle la ligne Maginot comme une défense suffisante ? Ou voit-elle en l’Allemagne nazie un possible rempart contre le bolchevisme ?

Le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, champion de l'appeasement, ne veut pas commettre les mêmes erreurs qui ont conduit à la Première Guerre mondiale : il souhaite mettre en place une politique impliquant une certaine conciliation à l'égard de l'Allemagne. Toujours est-il que malgré de vives protestations, la France et le Royaume-Uni sont incapables de s’accorder sur une mesure à prendre à l’encontre du Troisième Reich, même au sein de leurs états-majors respectifs. Hitler a le champ libre.

La construction du Troisième Reich

Lors d'une réunion le 5 novembre 1937, Hitler fait part à son état major de ses visées expansionnistes.

« Résoudre le problème de l’espace vital allemand »

Lors d’une réunion à la Chancellerie le 5 novembre 1937, Hitler confie à son état-major la nécessité de conquérir sans tarder de l’espace vital. « Si nous n’agissons pas d’ici 1943/1945, notre déficit de réserves pourrait entraîner une famine » déclare Hitler. « Ma décision irrévocable est de résoudre le problème de l’espace vital allemand au plus tard en 1943 et 1945 » ajoute-t-il. Une conquête qui peut débuter plus tôt au cas où la France, en proie à une crise intérieure ou à un conflit avec un autre État, ne serait pas en mesure de s’élever contre l’Allemagne.

Pour Hitler, « la première tâche consisterait à faire tomber simultanément la Tchécoslovaquie et l’Autriche ». Une conquête susceptible de mobiliser le Royaume-Uni ou la France ? Rien n'est moins sûr : « Il est hautement probable que l’Angleterre, et sans doute aussi la France, ont déjà passé implicitement la Tchécoslovaquie par pertes et profits, et se sont résignées à ce que cette question soit définitivement réglée un jour par l’Allemagne » affirme Hitler. La conquête de l’espace vital est lancée.

L'annexion de l'Autriche au Troisième Reich (Anschluss)

« Depuis ce matin, les soldats de la Wehrmacht allemande passent toutes les frontières de l’Autriche allemande » entend-on à la radio allemande à midi le 12 mars 1938. « Appelés par le nouveau gouvernement, ils seront les garants de ce que le peuple autrichien aura, dans les plus bref délais et grâce à un véritable référendum, la possibilité de disposer de son avenir et, par là, de son destin ». C’est à la demande de Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Troisième Reich, que ce communiqué est diffusé, alors qu’au petit matin deux divisions allemandes ont pénétré en Autriche et progressent vers la capitale sans résistance.

Le 13, l’Anschluss est signé. L’Autriche devient une simple province allemande. Le lendemain, Hitler, vêtu de son uniforme, debout dans sa Mercedes blindée, entre dans Vienne sous les acclamations de 250 000 Viennois. L’Anschluss, l’annexion de l’Autriche au Reich, est approuvé un mois plus tard à 99%.

La conquête de l'espace vital

L'annexion des Sudètes, entérinée par les accords de Munich, marque la démission des démocraties face aux agressions de l'Allemagne nazie.

L'annexion des Sudètes suite aux accords de Munich

Sitôt après l’annexion de l’Autriche, Hitler se tourne vers une région de Tchécoslovaquie peuplée majoritairement d’Allemands : les Sudètes. Il sait pouvoir compter sur le soutien du Parti allemand des Sudètes, un mouvement politique séparatiste dont le leader obéit à Berlin depuis mars 1938. Sous prétexte de « persécutions » contre la minorité allemande, Hitler exige du président tchécoslovaque M. Benes non pas l’indépendance des Sudètes mais son annexion pure et simple au Reich : « Nous voici donc enfin placés en face du dernier problème à résoudre : il sera résolu ! » proclame Hitler à Berlin le 26 septembre 1938. « Le 1er octobre, [M. Benes] devra nous céder son territoire » poursuit-il, sous peine de quoi l’Allemagne envahira le pays.

La Tchécoslovaquie mobilise ses troupes, tout comme la France et le Royaume-Uni, pays liés par des traités d’alliance. L’Europe est sur le point de basculer dans une nouvelle guerre. Voulant à tout prix l'éviter, Chamberlain approche Mussolini pour qu'il persuade Hitler d'accepter la tenue d'une conférence internationale afin de trouver une solution pacifique au problème tchécoslovaque. La conférence de Munich, qui réunit Hitler, Mussolini, Chamberlain et Edouard Daladier, président du Conseil français, s’ouvre le 29 septembre 1938. Le lendemain, les accords de Munich sont signés et c’est Hitler qui l’emporte : l’Angleterre et la France entérinent l’annexion des Sudètes.

C’est pourtant sous les acclamations que Chamberlain et Daladier sont accueillis à leur retour. « La paix ! La paix ! La paix ! » titre la Une de Paris Soir le 30 septembre. Mais ces accords démontrent en réalité la démission des démocraties face à la politique d’agressions d’Hitler. Daladier n’est pas dupe mais n’en dit mot. Il ne racontera que plus tard, dans son Journal de captivité publié en 1991 : « J’étais las, écœuré, j’avais l’impression d’avoir été joué, berné. […] J’avais beau me dire que la guerre était évitée, […] je sais que le vrai problème n’était pas là. […] J’avais vu Hitler. Il répondait exactement à l’idée que je m’en faisais. C’était un homme décidé à tout. Il ne reculerait devant rien ». Quant à Winston Churchill, il déclara à propos des accords de Munich : « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre ; ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Une phrase qui s'avèrera prophétique.

Extrait des accords de Munich (29-30 septembre 1938)

1. L'évacuation [des Sudètes] commencera le 1er octobre

2. Le Royaume-Uni, la France et l'Italie conviennent que l'évacuation du territoire en question devra être achevée le 10 octobre [...]

4. L'occupation progressive par les troupes du Reich des territoires à prédominance allemande commencera le 1er octobre L'annexion de la Tchécoslovaquie L’appétit d’Hitler ne s’arrête pas là. L’annexion des Sudètes s’inscrit en réalité dans une stratégie plus globale visant à faire disparaître l’État tchécoslovaque. Hitler n’a-t-il pas affirmé aux chefs de son état-major le 28 mai 1938 sa « volonté inébranlable […] de rayer la Tchécoslovaquie de la carte » ? Le Führer a beau protester que l’annexion des Sudètes est sa « dernière exigence territoriale », ses projets expansionnistes restent inchangés. Le 15 mars, au mépris des accords de Munich, Hitler annexe le reste de la Tchécoslovaquie. Hitler s’allie à Staline et Mussolini

Hitler s'allie à Staline et Mussolini

En 1936, la relation entre Hitler et Mussolini se transforme de la simple entente (proclamation de l'Axe Rome-Berlin) à une véritable alliance militaire. En 1939, malgré leurs idéologies diamétralement opposées, Hitler et Staline voient leurs intérêts converger. Leur alliance, formalisée par le pacte germano-soviétique, est un véritable choc pour les démocraties.

Hitler et Mussolini forment l’Axe Rome-Berlin

L’année 1935 marque le début du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. La formation de l’Axe Rome-Berlin est proclamée à Milan par Mussolini le 1er novembre 1936 : « Cette verticale Berlin-Rome n’est pas un diaphragme » explique le Duce, « c’est plutôt un axe autour duquel peuvent s’unir tous les États européens animés d'une volonté de collaboration de paix ». Ce rapprochement, qui n’en est encore qu’au stade de l’entente diplomatique, se transforme en véritable alliance le 25 novembre 1936 lorsque l’Italie adhère au Pacte anti-Komintern, traité conclu l’année précédente entre le Troisième Reich et le Japon dans le but de lutter contre la IIIe Internationale communiste. L'Axe Rome-Berlin devient alors l'Axe Rome-Berlin-Tokyo. Le 22 mai 1939, cette alliance devient aussi militaire avec la signature du Pacte d’Acier entre les deux dictateurs qui les engage à « se [placer] immédiatement auprès de [leur] allié s’il est impliqué dans un conflit ».

Hitler et Staline signent le pacte germano-soviétique

C’est avec stupeur que, le 23 août 1939, les démocraties apprennent la signature du pacte germano-soviétique. En effet, une alliance entre Staline et Hitler peut sembler totalement surréaliste. Elle ne l’est pourtant pas. Staline sait que le Troisième Reich se prépare à la guerre et que l'URSS n’est pas prête à l’affronter. Il cherche donc à gagner du temps. De plus, même si des pourparlers avec la France et l’Angleterre sont engagés, un fossé se creuse peu à peu entre les démocraties et la dictature communiste : Staline connaît leur réticence à l’égard de son régime et il a vu leur faiblesse lors de la conférence de Munich. Une conférence à laquelle, d’ailleurs, il n’a pas été convié. Hitler, quant à lui, cherche à éviter une guerre sur deux fronts ainsi qu’une pénurie de nourriture et de matières premières. La signature du pacte germano-soviétique n’a donc rien de surprenant.

Ce pacte n’est pas seulement un pacte de non-agression : c’est aussi un accord territorial. En effet, son protocole secret fixe les zones d’influences des deux dictateurs en Europe de l’Est : à l’Allemagne revient la Lituanie et à l’URSS, l’Estonie, la Lettonie, la Finlande et la Bessarabie. Le texte prévoit aussi le partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS « dans le cas d'une réorganisation territoriale et politique » du pays. Les premières conquêtes de la Seconde Guerre mondiale sont déjà annoncées.

Extraits du pacte germano-soviétique contracté entre Hitler et Staline :

Article 1 - Les deux parties contractantes s'engagent à s'abstenir de tout acte de violence, de toute manoeuvre agressive et de toute attaque l'une contre l'autre, soit individuellement, soit en commun avec d'autres puissances. Article 2 - Au cas où l'une des parties contractantes se trouverait engagée dans une guerre avec une tierce puissance, l'autre s'engage à ne soutenir celle-ci d'aucune façon [...]

Extrait du protocole additionnel secret au pacte germano-soviétique :

Article 2 - Pour le cas où se produirait une modification territoriale et politique dans les régions appartenant à l'État polonais, la limite entre les zones d'influence de l'Allemagne et de l'URSS suivrait sensiblement la ligne des rivières Pissa, Narew, Vistule et San.

Voir aussi

Le Mémorial des civils dans la guerre

À Falaise, un nouveau musée dédié à la vie et à la survie des civils pendant la Seconde Guerre mondiale
Mémorial de falaise
Voir aussi

Le Cinéma Circulaire Arromanches 360

Découvrez au travers d'images d'archives exceptionnelles, les 100 jours de la terrible Bataille de Normandie
Mémorial d'Arromanches
Voir aussi

LE MUSÉE DU RADAR 1944 DE DOUVRES

Découvrez la vie des soldats allemands chargés de la surveillance aérienne dans les bunkers
Mémorial de Douvres