John Young

« La Lune nous sauvera ! »


John Young est un des recordmen de l’espace, avec sept vols spatiaux à son actif, sur des missions Gemini, puis sur Apollo 10 et 16. En 1972, il a été le neuvième homme à marcher sur la Lune. Après le programme Apollo, John Young a commandé le premier vol orbital d'une navette en 1981



Un peu raide, vêtu d’un sous-pull blanc impeccable, John Young traverse le hangar d’entraînement des astronautes de Houston d’un pas d’extra-terrestre. A la fois étrange et on ne peut plus normal. Au respect qu’on lui marque pour son passé de conquérant de l’espace, il répond par un haussement d’épaule, comme si le fait d’avoir accompli tant de vols au-delà de l’atmosphère relevait de la plus simple des routines. De son humour légendaire parmi les astronautes, il ne laisse plus rien transparaître. Celui qui chantait à tue-tête en orbite et jouait les superman du sprint entre les cratères lunaires, le champion du fou-rire et du bon mot, ne se départit plus d’une rigueur toute scientifique et militaire. « Marcher sur la Lune ? C’était mon job, je suis astronaute ! Mon souvenir ? Nous avions peu de temps et beaucoup de travail, pas de place pour les états d’âme ». Les souvenirs lunaires de John Young, c’est son compagnon d’Apollo 16, Charly Duke, qui les raconte le mieux : « Quand il a mis le pied sur la Lune, nous avions 20 minutes de retard. Il ne pensait plus qu’à les rattraper. Mais quand il a découvert la beauté du paysage inviolé, il est devenu exubérant. Pendant que nous marchions sur la Lune, John jurait parce que le conduit qui lui permettait de boire sous son casque fonctionnait mal et que des bulles de jus d’orange lui brouillaient la vue. Houston l’a même rappelé à l’ordre pour ses jurons ! ».

 
© Stephan Gladieu/Le Figaro Magazine

John Young n’a jamais quitté la NASA. Depuis quarante ans, il n’a que très rarement raté le briefing hebdomadaire des astronautes. Il tient bon parce qu’il a un objectif en tête, un seul, mais quasi obsessionnel : « A chaque fois que je regarde la Lune, je me demande : pourquoi nous n’y retournons pas ? Il faut industrialiser la Lune. Cela révolutionnera la manière dont nous vivons sur la Terre. Nous y produirons de l’énergie électrique ». Un simple « Pourquoi ? » suffit à l’agacer prodigieusement : « Cela va aller de plus en plus mal avec le réchauffement climatique, les volcans, les météorites et la surpopulation. Et nous restons là, assis à attendre que cela aille mieux ! Il faut retrouver notre créativité technologique. Les rochers de la Lune contiennent de l’oxygène, on peut en extraire et donc séjourner longtemps là-haut. Nous pourrions installer des colonies de 2 ou 3000 personnes. Il sera temps ensuite d’aller sur Mars, mais cela reste une option académique ».

John Young parcours les Etats-Unis et intervient partout où il le peut pour convaincre les investisseurs de financer un vrai programme lunaire : « Cela coûte très cher, mais cela redonnerait de l’énergie à l’Amérique et sauverait nos enfants et petits-enfants. Mais l’espace n’est plus à la mode et il est fort probable que cette fois les Chinois seront les premiers sur la Lune… ».

Texte d'Isabelle Fougère