Edgar Mitchell


« Quelque chose de bien plus grand que moi »

Licencié en sciences, docteur en sciences de l'aéronautique et de l'astronautique puis pilote de l’US Navy, Edgar Dean Mitchell est le sixième astronaute américain à avoir posé le pied sur la Lune, à bord d'Apollo 14, en 1971.

« Là-haut, en marchant, j’étais heureux, j’avais la sensation d’être un éclaireur. Nous devions accomplir tant de tâches : impossible de profiter du paysage ! Nous avons installé une station thermonucléaire et une station de télévision, essayé le premier véhicule lunaire… J’y repense souvent, j’essaye de retrouver ces sensations fugitives. En liaison constante, Houston nous abreuvait de paroles pendant que nous nous mouvions comme sur un trampoline ! ».

D’un pas lent, Edgar Mitchell longe la plage de Palm Beach. Qui devinerait que ce retraité de Floride, protégé du soleil par une casquette discrète, a foulé la poussière lunaire il y a 38 ans ? Un explorateur solitaire, un héros anonyme qui a pourtant poussé bien plus loin qu’Ulysse ou les Argonautes...

 
© Stephan Gladieu/Le Figaro Magazine

L’œil absorbé par l’horizon, l’ancien astronaute se souvient d’Apollo 14 comme d’une expérience spirituelle. Quitter la Terre a changé sa vie, plus encore que marcher sur la Lune. Après deux marches d’exploration de plus de quatre heures chacune, Edgar Mitchell et son commandant Alan Shepard ont rejoint le module de commande qui devait les ramener. « Nous n’avions pas mangé depuis 12 heures et pas dormi depuis 22 ! Par le hublot, je voyais défiler la Lune, les étoiles et la Terre. Ce que j’ai ressenti alors a bouleversé le reste de mon existence. Tout ce que je connaissais, aimais, haïssais ou que je pensais éternel était là, fragile petite sphère suspendue dans le cosmos. Je me suis senti physiquement comme une partie d’un tout. C’était magnifique et doux. J’ai eu la certitude que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Ce que je voyais ne résultait pas d’un accident, il y avait une intelligence derrière. Je ne trouvais pas de mots pour ce que j’éprouvais, mais cela n’avait rien de mystique ou religieux, pas même scientifique ».

Au retour de la mission Apollo, Edgar Mitchell avait atteint la quarantaine. Il a su tout de suite à quoi il allait consacrer sa vie. En 1972, il a quitté la NASA. Tout en poursuivant des missions de conseil en ingénierie aux Etats-Unis et en Europe, il s’est lancé dans des recherches sur la conscience humaine. « J’ai lu tous les textes : religieux, d’anthropologie, d’archéologie, de psychologie. Je voulais comprendre ce qui m’était arrivé. Dans la littérature sanscrite indienne, j’ai découvert le concept de « Samadhi ». C’est l’expérience émotionnelle de l’unité. On la retrouve dans toutes les cultures, jusque chez les chamans ».

En 1973, Edgar Mitchell a fondé l’Institut de Sciences Noétiques. « La science ne dit rien sur notre essence, sur les interactions entre corps et esprit. Nous menons depuis plus de 35 ans des recherches pluridisciplinaires sur le potentiel et le pouvoir de la conscience, à la frontière entre sciences appliquées et philosophie. Nous étudions l’intuition, les effets physiques et psychiques de la méditation… J’ai du me battre pour que l’Institut ne devienne pas une chapelle et moi un gourou ! Les gens faisaient le parallèle entre les 12 hommes qui ont marché sur la Lune et les 12 apôtres !.. ».

Etudier et témoigner de son histoire exceptionnelle ont suffit au bonheur d’Edgar Mitchell : « J’ai été pris dans quelque chose de bien plus grand que moi et je l’ai accepté. Au milieu du XIXe siècle, après la guerre de Sécession, mes arrière-grand-parents ont voyagé en chariot de Georgie au Texas pour se faire une nouvelle vie. Mon père est né alors qu’on posait les premières lignes de chemin fer… et moi je suis allé sur la Lune ».

Auteur d’un film* et d’un livre*, l’ancien astronaute rêve aujourd’hui d’une humanité plus consciente de la fragilité du cosmos : « Populations et consommation hors de contrôle, compétition et technologie destructrices : nous courrons à la catastrophe ! Il faut que nous apprenions à généraliser cet « Amadhi », cette sensation d’unité que j’ai éprouvée à mon retour de la Lune. C’est cela qui nous aidera à mener une vie durable. Nous en sommes capables. Il faut cesser de détruire notre environnement et apprendre à vivre ensemble ».

*The view from space, a message for peace
*The way of the explorer message

Texte d'Isabelle Fougère



Texte d'Isabelle Fougère