Charlie Duke

« Tout à coup… la Lune ! »

Ancien élève de l’Académie navale, pilote de chasse et d’essai, Charlie Duke a été le dixième homme à marcher sur la Lune lors du vol Apollo 16 en 1972. Il a également travaillé depuis la Terre sur quatre missions allant sur la Lune entre 1969 et 1972 : Apollo 10, 11, 13 et 17.

« Elle est apparue par surprise. Nous étions en orbite dans son ombre. Tout était noir. Tout à coup le Soleil s’est levé. En un claquement de doigt, la Lune était là, lumineuse, énorme. Elle nous dévoilait sa face cachée, très escarpée. J’avais en tête la musique du film Odyssée 2001, avec l’os qui tourne dans l’espace ».

C’est ainsi que Charlie Duke a découvert la Lune. Pendant le voyage depuis la Terre il s’était laissé aller à l’euphorie de vivre enfin la mission pour laquelle il se préparait depuis des années. Avec son compagnon John Young, ils volaient paisiblement dans le module lunaire en écoutant de la Western country, s’amusant de leurs repas en apesanteur : « Nous ressemblions à des Pac Men, à flotter et à gober des boules de soupe ! ».

Une fois la face cachée de la Lune approchée, les deux astronautes ont connu quelques heures d’angoisse : « Notre position n’était pas bonne. Cinq minutes avant de nous poser, nous avons pensé devoir avorter. A Houston ils s’agitaient, cherchaient une solution. Cela a pris 6 heures, mais ils ont réussi. J’ai enfin entendu « Contact lunaire »… Cela a été le moment le plus fort de ma vie ».

En trois jours, Charlie Duke a exploré un immense cratère, il a manqué de se perdre entre les falaises grises, fait des pointes de vitesse en jeep lunaire et s’est épuisé à force de soulever de la poussière et des roches précieuses. Il s’est aussi fait peur : « Nous avions tellement étudié cette planète que nous nous sentions chez nous. Nous avons organisé des Olympiades et je me suis essayé au saut. En apesanteur, on se sent fort ! J’allais de plus en plus haut… jusqu’au moment où j’ai basculé en arrière et me suis retrouvé au sol, sur le dos, comme une tortue. C’était dangereux, j’aurais pu endommager ma combinaison et y rester. Tout le monde m’a vu à la télévision, j’étais embarrassé et j’ai eu droit à des réprimandes de Houston ».

 
© Stephan Gladieu/Le Figaro Magazine


Le soir, Charlie Duke et John Young dormaient dans des hamacs disposés en croix dans le module lunaire. Au troisième jour, les deux hommes ont essayé d’obtenir un peu de temps supplémentaire, mais ils ont reçu un non catégorique de la Terre. Il fallait partir. « Avant de quitter la Lune nous avons ouvert les paquets que la NASA nous autorisait à emmener avec nous. Il y avait de petits objets à laisser sur la Lune et d’autres à ramener pour nos proches : des médaillons, des enveloppes, des bijoux, des photos et des drapeaux ». De sa maison texane des environs de New Braunfels qui domine un lac émeraude où il s’adonne à la pêche, Charlie Duke jette souvent un œil sur le globe blanc de la Lune. Elle semble lui sourire. « Ce fut difficile de partir. En route vers la Terre, nous avons fait une sortie dans l’espace. Je suis resté immobile, à flotter parmi le Soleil, la Lune, la Terre ».

A son retour, Charlie Duke a fait tout ce qui lui était possible pour retourner sur la Lune. Il a continué les entraînements jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il n’y aurait plus de vols Apollo. Il a participé à l’aventure de la Navette spatiale, mais le cœur n’y était plus. Il s’est lancé dans les affaires avec succès, mais ces trois jours sur la Lune ont continué à le poursuivre. Le pilote, toujours impeccablement sanglé dans un blouson d’aviateur qui lui va comme à un jeune homme, est devenu philosophe. « Pour moi, Apollo avait été une aventure, un défi de pilote. Il ne s’agissait pas d’une expérience spirituelle. Il m’a fallu du temps pour comprendre. J’avais eu du succès, mais je ressentais un vide terrible. Ma femme m’a progressivement amené à Dieu. J’ai commencé à ressentir de la paix. Aujourd’hui, quand je repense à Apollo, je vois l’ordre de l’univers, le pouvoir créateur. C’était le chemin que Dieu voulait que je suive. Il passait par cette planète lointaine. Marcher sur la Lune m’a ouvert sur le monde, au-delà du monde ».

Texte d'Isabelle Fougère