Gene Cernan
« Mon plus beau souvenir de la Lune ? La Terre ! »
Ancien pilote de la Navy, Gene Cernan a volé trois fois dans l’espace. A bord de la mission Gemini IX (1966), d’Apollo 10 (1969) et d’Apollo 17 (1972). Il est le dernier homme à avoir marché sur la Lune où il est resté pendant trois jours.
« Ma première émotion de la Lune, c’est d’avoir vu notre planète, posée sur l’infini. En quittant la Terre, on voit des rivières, des villes, la maison. On traverse les levers et les couchers de soleil. Quand on accélère, on se trouve au-dessus du globe : les icebergs, les pôles, on embrasse tout d’un seul regard. La Terre devient de plus en plus petite jusqu’à faire la taille d’un pouce. Dans ce pouce, il y a les amis, la famille, le passé, le futur ! On la voit tourner, comme un ballon ».
L’aventure spatiale a rythmé et rythme encore la vie de Gene Cernan. A Houston, dans les salles du centre spatial où sont exposés les vaisseaux qu’il a pilotés, le « gentleman astronaute » partage avec une élégance généreuse ses souvenirs avec les curieux. Il a été le dernier homme à marcher sur la Lune, mais il aurait pu être le premier. « J’ai volé avec John Young sur Apollo 10, la mission qui a précédé celle d’Armstrong et Aldrin. Nous pouvions alunir, mais la NASA préférait attendre. Nous sommes allés à douze kilomètres de la surface ! Nous avons vu des montagnes et des canyons. On aurait cru voler au-dessus du désert d’Arizona. Et la Terre s’est levée, comme si Dieu avait déposé un joyau sur l’infini. Je ne suis pas religieux, mais cela était trop parfait pour que cela soit arrivé par accident ». |
![]() © Stephan Gladieu/Le Figaro Magazine |
En décembre 1972, l’ancien pilote a enfin fait le voyage de sa vie, aux commandes du module lunaire Challenger. « Les rêves se réalisent ! Je me suis senti à l’aise, comme si j’appartenais à cet endroit. J’avais l’impression d’être assis sous le porche d’entrée du Créateur. Nous avons parcouru trente kilomètres en jeep lunaire et récolté des centaines de roches. Le dernier jour, j’ai garé la jeep pour que sa camera filme notre décollage. Je me suis mis à genou et j’ai tracé les initiales de ma fille dans le sol. En rejoignant l’échelle de Challenger, je me sentais accompagné par tous ceux qui avaient œuvré pour m’envoyer là ».
Emu à l’extrême, Gene Cernan a prononcé les dernières paroles humaines sur la Lune : « Nous quittons la Lune comme nous sommes venus et, si Dieu le veut, comme nous reviendrons : en paix et avec espoir, pour toute l'humanité. Alors que je fais ces derniers pas pour un certain temps, je souhaite seulement rappeler que le challenge américain d’aujourd’hui a forgé la destinée humaine de demain ».
A son retour sur Terre, l’astronaute a vécu sa célébrité avec distance. « Je ne cessais de m’interroger : et maintenant ? Je n’avais vécu que pour cela, j’avais rencontré tout le gotha, des papes, des stars, et alors ? J’ai refusé de faire de la politique. Je préfère m’adresser aux jeunes dans les écoles, regarder leurs yeux s’allumer. Je suis persuadé que parmi eux se trouvent les équipages de demain, ceux qui iront sur Mars. L’humanité doit explorer. C’est notre destin. Je ne suis pas seulement un explorateur, mais un messager ».
Aujourd’hui, le cœur de Gene Cernan est à Kerrville, son ranch texan, auprès de ses petits enfants. Il y médite toujours sur son incroyable aventure. « Des siècles passeront avant que nous comprenions vraiment le sens d’Apollo. Je ne crois pas au passé. J’en suis fier, mais je crois au présent et au futur. Quand je serai mort, je ne pourrai plus répondre à vos questions. C’est mon devoir de le faire, après ce que j’ai vécu. Le problème n’est pas de savoir comment nous retournerons sur la Lune, mais ce que nous y ferons. L’enthousiasme pour l’espace reviendra. Personne n’est aujourd’hui capable de nommer les astronautes de la station spatiale, mais tout le monde connaît les noms d’Armstrong ou Glenn. Leur épopée a capturé l’imagination. Je dis aux jeunes générations de ne pas avoir peur des erreurs, de faire de leur mieux. Mon père disait : tu te surprendras, tôt ou tard… La technologie rend les choses possibles, mais ce sont les gens qui les font arriver ».
Texte d'Isabelle Fougère