
Neil Armstrong
Eternel « Premier », éternel absent.
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Neil Armstrong a passé son brevet de pilote en 1946 et a intégré l'US Navy en 1950. Diplômé de Génie aéronautique, il a rejoint la NASA comme pilote d'essai civil. En 1966, il a commandé la navette Gemini 8. En juillet 1969, il a été le premier homme de l’histoire à marcher sur la Lune. Enfant prémonitoire, Neil Armstrong faisait un rêve récurrent dans lequel il planait au-dessus du sol. Trente ans plus tard, il faisait rêver des millions de Terriens en posant le pied sur la Lune. La charge était sans doute trop lourde, qui a poussé l’ancien pilote à tirer sa révérence à son retour et à refuser toutes apparitions publiques ou médiatiques. Pourtant, il reste le Premier, celui dont tout le monde parle encore, quarante ans après Apollo 11. Avec le temps, un portrait en creux de l’astronaute le plus célèbre de l’histoire se dessine. Gene Kranz, le directeur de vol de la salle de contrôle de Houston est sans doute celui qui l’a le plus finement observé : « Pendant la préparation d’Apollo 11, Neil Armstrong semblait plus observateur que protagoniste, mais quand vous regardiez dans ses yeux, vous saviez qu’il était le commandant et que toutes les pièces étaient assemblées dans sa tête. Il n’élevait jamais la voix. Il préservait son énergie pour quand il en avait besoin ». |
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Le seul témoignage accessible de Neil Armstrong est tiré de son journal de bord et de l’enregistrement de ses conversations quotidiennes avec la base de Houston. Ils ont été repris dans l’ouvrage First on the moon, de Gene Farmer et Dora Jane Hamblin*, et publiés en France sous le titre J’ai marché sur la Lune*. Il y évoque ses souvenirs d’Apollo 11 : « Nous étions encore à des milliers de kilomètres, mais assez près pour que la Lune remplisse quand même tout le hublot. Elle éclipsait le soleil dont on voyait l’auréole tout autour, telle une gigantesque soucoupe de lumière s’étendant sur plusieurs diamètres lunaires. C’était splendide, mais la Lune l’était encore plus. Nous étions dans son ombre… J’eus alors réellement conscience, visuellement conscience, que la lune était une sphère et non un disque. C’était un peu comme si elle nous montrait ses rondeurs, sa ressemblance avec notre Terre, comme en signe de bienvenue. J’étais sûr qu’elle serait un hôte très accueillant. Elle attendait depuis si longtemps ses premiers visiteurs ».
Héros malgré lui mais stoïque, Neil Armstrong a reçu à son retour les hommages de la planète. Il s’est adressé au Congrès, a fait le tour du monde (vingt-trois pays en 45 jours), visité les troupes américaines au Vietnam, fêté, adulé, interviewé, traqué. En mai 1970 il a été accueilli avec les honneurs à la Cité des étoiles en Union Soviétique. Pendant un an, il a officié à la NASA comme responsable aéronautique, mais il a fini par démissionner pour aller enseigner le plus discrètement possible à l’université de Cincinnati. Peine perdue : les amphithéâtres se sont remplis de reporters. Neil Armstrong s’est alors retiré et est devenu homme d’affaires. Le secret dans lequel le Premier homme s’est enfermé n’a fait que renforcer sa légende. Depuis quarante ans, les rumeurs les plus folles courent sur lui : il serait l’antéchrist, se serait converti à l’Islam… Sur Internet, de faux objets lui ayant appartenu, de faux autographes et même une fausse mèche de ses cheveux se sont vendus à des prix astronomiques.
L’écrivain Norman Mailer, Prix Pulitzer 1969, voyait en Neil Armstrong « un esprit plus qu’un homme ». Fasciné par le commandant d’Apollo 11, il lui a dédié des pages flamboyantes dans lesquelles il le compare à un chevalier de la technologie, le plus « saint » des astronautes. Dans le rêve d’enfance confessé par Armstrong, il voit une prophétie annonçant le premier homme d’un autre âge.
Alors comment ne pas regretter le silence de celui qui aurait encore tant à transmettre aux jeunes générations ? Lors d’un des rares entretiens qu’il a accordé depuis quarante ans, le Premier homme revenait sur le sens de son exploit : « Là-haut, nous étions dans un environnement unique, presque mystique. Il serait présomptueux d’isoler un fait que retiendrait l’histoire pour juger de l’importance de notre mission. Mais je dirai que cette entreprise éclairera l’humanité et nous aidera tous à mesurer le fait que nous sommes un élément important d’un univers bien plus grand que nous ne pouvons l’imaginer en l’observant de chez nous. Mon espoir est que cela aidera des individus, partout dans le monde, à redonner aux diverses entreprises de l’humanité la dimension qu’elles méritent ».
* (Little, Brown and Co)
* (l’Esprit du Temps)
Texte d'Isabelle Fougère