> Bons baisers de Jules Verne en 2006 ... 

 

Copyright : AFP. Voici le Carnet de voyage Internet de "Bons baisers de Jules Verne" 

Un roman imaginaire en temps réel.
Imaginé et réalisé par Jean-Claude Meurisse
Avec Tristan Jeanne-Valès et Charly Venturini.

CANTON-NEM : 40/0

Nous pensions connaître la cuisine chinoise, mais déguster quelques petits homards grillés beurre d’escargot, le soir au bord du fleuve Zhujiang à Canton, comparé aux sempiternels nems du “chinois français moyen”, le score est sans appel :
Canton-Nem : 40/0 !
Et dire que durant toutes nos tribulations chinoises cette extase des papilles ne nous quitta pas un seul jour. Pékin, Shanghai, Dalian, Xi’an, Wuhan, Chengdu, Canton, restaurants luxueux ou gargotes en bord de route, ce fut un festival de goûts, une extase papillaire continue.
Que cela ne vous empêche pas dans votre bourgade ou votre banlieue d’aller encore chercher l’exotisme. C’est très facile. Le soir, après le couvre feu, visez les deux points lumineux persistants. Le néon blanc vous permettra de découvrir toutes les variétés maghrébines alors qu’un peu plus loin le petit lampion rouge vous ouvrira l’univers du travers de porc, de la soupe crabe asperge ou encore du nem à réchauffer au micro onde juste à côté.
Canton est notre dernière destination en Chine Pop et la ville de notre pilote.

Notre pilote nous demanderez vous ? Et bien c’est le Buddha-mince, visage pâle, qui a organisé notre venue ici. Cela mérite un très grand coup de chapeau clac. Olivier encore merci à toi. Tu connais la Chine et le chinois mieux que personne alors à Caen ton retour dans notre belle région pour éclairer nos neurones ignares sur cette partie du monde. La jeunesse française t’attend déjà.

Bien sur nous n’aurons qu’une vision citadine de la Chine, celle d’un développement industriel et commercial colossal, celle d’une extrême richesse construite avant tout sur l’exploitation d’un atelier géant, rempli d’une exode rurale où le salaire moyen est de 800 RMB (la monnaie du peuple, ou Yuan) soit 80 euros/mois.
Nous étions dans ces interminables réflexions de voyage quand notre vie quotidienne a basculé en quelques secondes.

La voiture s’est arrêtée, la porte s’est ouverte et la femme assise à l’arrière nous a demandé dans un excellent français : « Vous faites quoi ce soir ? ». Aïe aïe aïe !
-« Nous ? » surpris de cette question sans appel. « Oui vous ! À qui voulez vous que je parle ? Je devais me marier mais ça n’a plus d’importance, je remets ça à plus tard ». Bon. La mariée était trop belle, mais nous n’avions rien de spécial à faire ce que nous lui dîmes en français dans le texte. –« alors montez ! »
Nous nous exécutâmes sans trop de résistance.

Nous sillonnons la ville de Canton, au niveau 0 c'est-à-dire au dessous des 2 périphériques pleins à craquer. La voiture va très vite.

Au passage nous remarquons pourtant cet enfant pleurant au bord de la route. Nous roulons dans le silence. On dirait que notre princesse nous parle par signes, qu’elle a choisi le trajet avec raffinement.

Pourquoi ces femmes traversent la route devant nous avec ce sac ?
Le soir et l’obscurité arrivent. Un autre signe nous alerte.

Cet homme dormant sur le trottoir, son fils dans ses bras. Telle une magicienne, on dirait qu’elle fait apparaître pour nous des scènes de la vie qu’elle choisit. Nous nous regardons en silence. Qu’est-ce qu’on fait là ?
Puis la voiture s’arrête à l’entrée d’un palace.

Vous savez ces nouveaux lieux où les Droits de l’Homme précèdent les devoirs de la Femme, celle des chapelets d’hôtesses posées là pour faire de votre vie un Shamalow paradisiaque, oubliant qu’à leur âge c’est dommage de faire porcelaine de Chine.
Nous traversons la haie d’honneur encore sous le choc.

Elle guide nos pas sans même se retourner.

Au premier étage la porte s’ouvre sur cette allée bordée de 150 bouddhas. Nous la suivons toujours. Elle finit par s’arrêter et nous montre du doigt ces 3 personnages et disparaît sans un mot.

Pourquoi juste là devant ce ventre ouvert ?

Nous passons la nuit dans ce temple de découverte en découverte. Là les photos de quelques disparus posées sur des plaques en or, là cette femme agenouillées devant cet autel.

La nuit passe et nos baguettes d’encens touchent à leur fin.
Nous allions partir quand notre Diva réapparaît comme si de rien n’était. « Vous venez de passer la nuit dans le Temple du Monde heureux. Montons les étages ! ».
Mais c’est quoi ce délire ? Nous la suivons pourtant.
Effectivement nous reprenons notre ascension. Pourquoi traverser ce grenier rempli de quoi ?

 

Pierre, racines, épices, poussières ?
« Vous devez avoir faim, allons chez mes amies ». Nous montons encore des étages, des étages, encore des étages. Mais jusqu’où irons nous ?

La lumière change. A l’évidence nous arrivons. Sur le mur, cette croix. C’est une sorcière ou quoi ? D’une seule et même voix « on va où ? »
« Chez mes amies, vous savez la Chine aime beaucoup l’Afrique ».

 

 

C’est le bouquet. Encore quelques marches et deux africaines sont là, sur le toit de cet immeuble, visiblement surprises de notre venue.
Nos regards se croisent.

 

Nous échangeons quelques sourires et l’atmosphère se détend.
« Donne leur à manger ! ». Nous entrons dans la cuisine. Mafé, Tieboudien, poulet yassa…

Mais on est Où ? Ou est Canton ? où et quand est on ? un sentiment de dépersonnalisation nous traverse. On mange quand même bien élevés que nous sommes mais la soif nous envahit.
« Pour boire allez voir les garçons ». Mais attend, on a rien demander. Elle devine dans nos pensées maintenant ? Cette femme est incroyable.

Cette fois-ci elle redescend les marches quatre à quatre et effectivement nous tombons sur une bande de joyeux lurons avec qui nous humectons nos gosiers d’une essence de houblon toute asiatique.

Les femmes préfèrent les glaces allez savoir pourquoi.
Charlie craque. Il décide de s’échapper pour essayer de glaner quelques informations sur ce monde d’une autre dimension. Avec l’aide de notre pilote il organise comme chaque fois un atelier théâtre, a workshop en somme.

Il choisit la proximité de l’exposition sur la Maison de Jules Verne pour masquer ses intentions secrètes.

Très habilement après un travail théâtral centré sur le corps, l’expression, le voyage et l’amour il réunit son petit groupe et leur explique ce que nous venons de vivre. Ses hôtes l’écoutent avec une politesse tout asiatique.

Mais tout à coup, une femme encore ne résiste pas et part dans un fou rire total.
Charlie ne perd pas la face averti des us et coutumes locales et fort de son travail de grand pro mais pour les infos que de chie.

Connaissant les vertus magiques de la pierre verte il passe au marché de jade chercher la réponse à nos questions mais les négociations n’en finissent pas. Il vient nous rejoindre dépité.

Nous sommes avec notre princesse dans un magasin d’une luminosité incroyable. Elle cherche quelque chose mais rien ne semble lui convenir.





Nous traversons des salles et des salles. Là des étoiles de mers, là des hippocampes, des champignons, des crabes, des serpents.

Le monde devient étrange.

« Je vais vous laisser. Avant vous passerez chez notre pharmacien. Vous pourrez choisir ce qu’il vous plaira. Parlez lui du fond du cœur, dites lui ce que vous cherchez ».
- « Mais nous on a besoin de rien »
- -« je croyais que votre voyage était autour de l’amour »
- « mais comment savez-vous ça ? »
- « Vous savez l’amour c’est une étoile de mer, un scorpion ou un serpent qui se mord la queue. A vous de choisir. »

Nous sommes dans notre chambre d’hôtel penauds. Elle est partie sans q’aucun d’entre nos ne prenne garde. Silence.
Tristan allume son ordinateur. Aucun de nous trois ne sait quoi dire.
L’écran s’allume et …apparaît sa dernière image !

Décidément la Chine a changé

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