L’invitation était trop forte, il nous fallait passer entre les portes d’un monde en disparition.
Les Dragons étaient de l’autre côté, leurs mâchoires de fer déchiraient les vestiges d’une civilisation qui allait bientôt disparaître.
Mais entre les ruines d’un palais, surgit, telle une apparition, le dernier empereur des hutong. C’était un petit bout de dalai lama, une sorte d’elfe coquin.
Nous devions le savoir un peu plus tard, lorsqu’au détour d’un chemin, nous menant vers le lac Beihai, nous dûmes leur remettre la pierre de jade.
Avant de prendre congé du petit mandarin, nous lui racontâmes notre errance vers cette quête de l’amour, cette question pour qui l’humanité peut mourir. Il nous répondit, avec un peu de tristesse dans la voix, que dans le monde qui se profilait, il ne voulait plus grandir et nous suggéra de nous diriger vers son ami dodo mac, qui ayant ingurgité un aliment à base de plante hallucinogène ne pourrait plus se réveiller, mais qu il ne fallait pas nous effrayer, que malgré son état de sommeil profond, nous pourrions toujours dialoguer avec ses chaussures.
Quel pied !

« Effectivement, la réponse surgit des dites bottines, sous forme d’énigme:
Les fantômes du passé perdent leur tête
Tandis que le gardien de la doctrine récolte les graines d’or
Du petit livre rouge
D’où s’écoule l’illusion de l’amour, la tristesse et la mort.
Si tu veux la réponse à tes doutes, continue sur la voie du lotus.

Soudain, les chaussures de façon inopinées se dirigèrent vers l’est, d’où nous aperçevâmes les contours d’un cimetière. Et c’est ainsi, qu’au détour du sentier, nous tombâmes face à face devant le gardien de la doctrine.

De ses yeux de chat, il nous transperçait sans nous voir, nous laissant devant notre incapacité et notre gêne à réciter les 100009 proverbes révolutionnaires qui auraient dû nous ouvrir la voie de la «carmin’illumination » , et du fameux « ma-o ».
De sa voix de stentor, il nous fustigea de notre attitude de contre-voyageur et nous conseilla de revenir vers le droit chemin, tout en nous montrant ce qu’il pourrait nous en coûter de poursuivre sur cette voie obstinée .

De colère, persuadé d’avoir perdu un temps précieux avec les incapables que nous sommes, il nous poussa dans le lac des lotus, ce qui était la pire des humiliations pour des « êtres –voyageurs » sensibles aux zones humides et s’en retourna garder l’empire du milieu.

Seuls, dans la nuit noire, nous vîmes une luciole se diriger vers nous.

Elle nous salua et nous conduisit dans une auberge. Ce qui nous troubla de prime abord, c’est que les RG se trouvaient sur le seuil, la marque du « lotus bleu » y était assignée, indice incontestable pour tout amateur de 7 A 77 ans.

Cette fameuse luciole n’arrêtait pas de regarder son miroir à chiffres alors que des ménestrels électriques chiffonnaient leur musique sino-cosmique à saké show.

La question de l’amour nous taraudait les lèvres et nous la pressâmes de répondre à notre quête. Telle une statue à tête de sphinx, elle nous conduisit face à une gigantesque porte,

qu’elle ouvrit et nous laissa seuls sur le ponton d’une jonque.
Arriva alors, la diva de Goulo-Goulo. Elle nous invita à monter à bord pour une épopée de rêves, de chants et de contes sur l’amour qui nous ferait oublier les vicissitudes de la vie. Elle nous promit avec ferveur que la réponse à nos questions se trouverait en arrivant sur les bords de Shanghai. Elle largua les amarres et se mit à jouer du pipa, nous laissant extasiés sous le cirque stellaire de la chine multi-millénaire.