Les spécialistes de la région sont formels : les populations pastorales du Darfour et les guerriers bédouins qui les attaquent, poussés par le gouvernement, sont en majeure partie Noirs et musulmans. Le clivage que l’on observe dans d’autres régions (grosso modo un Nord arabo-musulman et un Sud animiste et chrétien) n’est pas présent au Darfour.
Il s’agit moins d’une guerre ethnique que d’une opposition entre le gouvernement central et les populations pastorales du Darfour, qui s’estiment délaissées, en marge du développement. Elles craignent l’expropriation de leurs terres pour deux raisons : la politique agricole affichée par le gouvernement soudanais qui souhaite laisser les intérêts privés développer une agriculture de type productiviste, et surtout la découverte récente de gisements pétroliers dans la région, alors que pour l’instant la production est concentrée dans d’autres régions du Sud. Le pétrole produit au Darfour pourrait être acheminé par oléoducs vers le Tchad voisin et de là vers les côtes du Cameroun. Pour ne pas reproduire une situation analogue à celle du Nigeria, il est tentant pour le gouvernement de déplacer les populations avant l’exploitation des ressources.
La situation est d’autant plus dangereuse que le pétrole du Soudan attire de grandes puissances : après la brouille avec les Etats-Unis au moment de la première guerre du Golfe, les compagnies américaines ont du se retirer au profit notamment de la compagnie nationale chinoise du pétrole. La Chine, qui, déjà bien implantée dans d’autres régions pétrolifères du Soudan, a d’ailleurs acheté des concessions au Darfour.