Coquelicot La couleur des larmes
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  4-Dix

Otto Dix, Selbstbildnis als Soldat (Autoportrait en soldat), 1914, huile sur papier, recto verso, 68 x 53,5 cm, Galerie municipale, Stuttgart.

© SESAM, Paris, 1998.
 

4-Dix

Otto Dix, "Selbstbildnis mit Artillerie-Helm" (Autoportrait au casque d'artilleur), 1914, huile sur papier, recto verso, 68 x 53,5 cm, Galerie municipale, Stuttgart.

© SESAM, Paris, 1998.

 
Les guerriers
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4 - Otto Dix

Sur la même feuille, Otto Dix (1891-1969) se peint deux fois. Ainsi commence l'une des plus importantes oeuvres qu'ait suscitées la Grande Guerre. Elle se place aussitôt - avant même que Dix ne fasse l'expérience du front - sous le signe de l'ambivalence, épopée et douleur. L'Autoportrait en soldat, éclairé par des rouges et la réserve blanche, célèbre la force, la violence poussée jusqu'à la sauvagerie. On en ferait volontiers la quintessence de l'image guerrière, qui proclame la nécessité de la lutte et l'ivresse de la destruction, sans remords ni regrets. Au dos, l'Autoportrait en artilleur oppose à cette interprétation trop simple l'omniprésence du noir, l'ombre autour de la tête casquée, le regard inquiet et le contraste dur des parements dorés, symboles martiaux sur fond de nuit ou de mort. Si jeune soit-il, si attiré par la guerre - comme par l'expérience de l'inconnu - Dix n'en soupçonne pas moins l'horreur, dont il dessinera et gravera plus tard l'abominable chronique quotidienne. Cette ambiguïté se retrouve dans son Autoportrait en Mars (1915).
 

 
4-Dix" Nous avions quitté les salles de cours, les bancs de l'école, les établis, et les brèves semaines d'instruction nous avaient fondus en un grand corps brûlant d'enthousiasme. Elevés dans une ère de sécurité, nous avions tous la nostalgie de l'inhabituel, des grands périls. La guerre nous avait donc saisis comme une ivresse. C'est sous une pluie de fleurs que nous étions partis, grisés de roses et de sang. Nul doute que la guerre ne nous offrît la grandeur, la force, la gravité. Elle nous apparaissait comme l'action virile : de joyeux combats de tirailleurs, dans des près où le sang tombait en rosée sur les fleurs. "

Ersnt Jünger, Orages d'acier, trad. française d'Henri Plard, Paris, Christian Bourgois, 1970.