Coquelicot La couleur des larmes
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  La mort

" Il était étendu, le visage dans une flaque de sang. Quand je le retournai, je vis bien, à un grand trou dans son front, qu'il n'y avait plus rien à faire. Je venais d'échanger quelques mots avec lui ; soudain je m'aperçus qu'il ne répondait plus à mes questions. Quand je tournai la traverse, quelques secondes après, il était déjà mort. Cette fin avait quelque chose de fantastique. "Ainsi Jünger narre-t-il la mort de l'un de ceux qu'il a vu tomber près de lui. Aucun récit de la Grande Guerre qui ne soit scandé par de tels épisodes. La mort y est quotidienne, les cadavres omniprésents. Là où les combats sont les plus violents et les plus longs, ils s'accumulent. Ceux qui creusent des abris déterrent des restes humains. D'autres en font des parapets. Les vivants dorment et mangent environnés de cadavres. Léger, près de Verdun, essaie de se trouver un abri. " Ma préoccupation - écrit-il - était d'éviter un cadavre quelconque comme voisinage. J'ai eu le tort de creuser un peu trop mon trou pour pouvoir placer ma tête. J'ai dégagé deux pieds chaussés de souliers, c'était un corps de Français (les Boches n'ont que des bottes). Je suis monté un peu au-dessus pour trouver mieux. Rien à faire. Partout, des débris humains. "  


Le Miroir du 8 octobre 1916

Les journaux n'en dissimulent rien à leurs lecteurs. Dès l'automne 1914, les premiers clichés de cadavres sont publiés, cadavres que l'on a soin de choisir parmi ceux des ennemis. Peu à peu, cette réserve s'efface et Le Miroir du 8 octobre 1916 montre à sa une les corps emmêlés d'un fantassin allemand et d'un fantassin français dans un trou d'obus. Parallèlement, le mouvement vers de plus en plus de macabre, une horreur de plus en plus cruelle se poursuit : fragments de squelettes, corps carbonisés, fosses communes deviennent l'ordinaire de la presse de guerre et le cinéma la suit dans cette évolution. Jacques-Emile Blanche assiste à une séance où sont projetés plusieurs films consacrés à la destruction d'un Zeppelin au-dessus de la France : " Voici un autre film : les corps des hommes d'équipage ; et il faut que les nerfs soient émoussés, pour que, sur un rythme de valse lente qu'a choisi le chef d'orchestre, le public du boulevard contemple, tout aise, ce dos tout blanc, ce dos d'Allemand blond, potelé, dont la tête est un bloc de charbon. Les autres corps sont carbonisés, ces jambes, ces bras : du charbon de bois. "
On ne s'étonnera donc pas si la mort envahit les dessins, les gravures, les tableaux, si elle est le sujet qui, obsessionnellement, revient dans les oeuvres de Dix, celui qui transparaît dans tant d'autres. 

Victimes

Il serait peu utile de tenter un inventaire exhaustif du thème, ne serait-ce qu'en raison de son caractère répétitif. Il peut être plus instructif d'en analyser les différences de traitement stylistique, de la représentation réaliste au renouvellement de l'allégorie, va-et-vient, oscillation qui ne finit pas. 

Commémorations

Il est une ultime manière de peindre la guerre, ultime à plusieurs titres : parce que postérieure aux événements, parce que les jugeant au lieu de les décrire, parce que cherchant à n'en conserver que le sens. Cette manière symbolise, synthétise et commémore. Elle décrit aussi : elle impose à la vue les conséquences des combats, elle empêche l'oubli par des rappels cruels.

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